Main menu

Alexis Heck

Alexis Heck, le père du tourisme luxembourgeois

11C’est là qu’Alexis Heck (1830-1908), considéré comme le père du tourisme luxembourgeois, va officier à l’Hôtel des Ardennes. Vers 1855, le jeune Heck reprend l’auberge paternelle pour la transfigurer en un établissement de premier ordre. La première adresse hôtelière des Ardennes et le premier wellness & spa resort du Grand-Duché sont nés. En 1905, le Guide Joanne indique que l’Hôtel des Ardennes dispose de 180 lits, de bains chauds et de rivière, d’un lawn-tennis, d’un jeu de quilles en plein air, d’une chambre noire aménagée pour les photographes amateurs, de salles de billards et de danse, de salons de café et de conversation, de deux bibliothèques avec des livres français, allemands et anglais, d’une pêche réservée sur 60 km, d’une chasse gardée pour les pensionnaires, de voitures d’excursion, etc. Les initiatives d’Alexis Heck se caractérisent par leur modernité. L’« hôtelier idéal » (Jeck, 2008b) est le premier « à ripoliner ses chambres de blanc en même temps qu’il relègue au grenier les ciels de lits, les rideaux des fenêtres et les cuvettes minuscules » (Noppeney, 1948 : 21). Heck prend en charge sa clientèle internationale dès leur arrivée à la gare et pendant tout leur séjour. L’hôtelier diekirchois organise des excursions guidées avec des pique-niques dans la vallée du Mullerthal à l’image de l’aubergiste Knaff qui, en 1871, fait servir un luncheon à Victor Hugo au donjon en ruine de Larochette.

Figure 1. Alexis Heck (1830-1908)

Figure 1. Alexis Heck (1830-1908)

Alexis Heck, père du tourisme luxembourgeois
Source : Archives Luxemburger Wort

12Le journal Luxemburger Wort (1982 : 8) dira de Heck : « Cet homme jovial était l’âme de la maison. Il fallait voir partir dans toutes les directions de la rose des vents, ses breaks où régnait la bonne humeur, où les dames exhibaient des chapeaux aux végétations étonnantes et des toilettes à manches bouffantes. Il fallait assister à un de ces pique-niques égayés par le piston et le trombone, pour comprendre la popularité d’Alexis Heck ». Le grand seigneur de l’hospitalité fait découvrir à ses hôtes les manoirs féodaux de Bourscheid, Brandebourg et Vianden. Il est l’un des premiers à comprendre le rôle souverain de la publicité en apposant des affiches touristiques illustrées (dont il ne reste aucune trace) au Charing Cross à Londres et au port d’Anvers (Jeck, 2008b). Dans ses efforts promotionnels, Heck met en avant le bon rapport qualité-prix : « Wer die etwas primitiven Einrichtungen der meisten Hotels in den belgischen Ardennen und der Eifel kennt, wird angenehm überrascht sein, daß ihm hier, bei gleichen mäßigen Preisen, der Comfort und die Zerstreuungen der größten Touristenhotels geboten werden, ohne daß der Gemütlichkeit in irgend einer Weise Abbruch getan würde » (David et Weydert, 2000 : 18).

Figure 2. Hôtel des Ardennes

Figure 2. Hôtel des Ardennes

L’Hôtel des Ardennes à Diekirch
Source : Musée d’Histoire de la Ville de Luxembourg

Figure 3. Dépliant publicitaire de l’Hôtel des Ardennes

Figure 3. Dépliant publicitaire de l’Hôtel des Ardennes

Dépliant publicitaire de l’Hôtel des Ardennes à Diekirch
Source : Musée d’Histoire de la Ville de Luxembourg).

13L’Hôtel des Ardennes« mérite à juste titre l’astérisque que lui attribue Baedeker dans ses guides, où Diekirch est mentionné – affirme Glaesener (1880 : 19) :

Cet hôtel ne serait, sous aucun rapport, déplacé dans une ville ayant quatre ou cinq fois plus d’importance. Il y a une chambre de bains à l’hôtel et dans la bonne saison d’élégantes cabines, établies sur la Sûre, permettent de prendre des bains de rivière, si agréables et si toniques. Le propriétaire de l’hôtel des Ardennes, M. Alexis Heck, a su par ses qualités personnelles se faire l’ami de tous ses hôtes : pêcheur à la ligne, […] il peut donner sous ce rapport les renseignements les plus variés et les plus sûrs aux amateurs de ce sport qui voudront le consulter. L’hôtel prend des voyageurs en pension pour le prix minimum de 5 frs. par personne et par jour, variant à partir de ce prix selon les chambres et selon la durée du séjour. Le séjour doit être au moins de huit jours pour jouir des prix réduits.

14En 1890, Alexis Heck fait éditer un petit guide illustré de 60 pages à l’usage des visiteurs anglais : The Grand Duchy of Luxembourg. A short handbook for travellers. En 1893, paraît une traduction française intitulée Petit guide illustré à l'usage des visiteurs du Grand Hôtel des Ardennes. En 1885, un pasteur néerlandais, Perk de Delft (1885 : 20), publie dans la version française des Schretsen uit Luxemburg un éloge de l’hôtel et de son patron :

[…] quand nous arrivâmes à Diekirch, où nous pûmes nous rendre compte de la situation de la ville, un soupir d’allégement suivi d’un cri de joie s’échappa de nos poitrines quand nous mîmes le pied sur la terrasse derrière l’hôtel. L’hôtel se trouve dans une des rues principales nommée boulevard par les habitants. Les chambres de devant comme celles de derrière ont presque toutes une vue admirable ; seulement quelques-unes du premier étage, du côté de la rue, ont la vue masquée par une petite villa en style gothique. M. Heck a loué le premier étage de ce bâtiment. Les chambres sont spacieuses et très-recherchées à cause de la vue qui est la même que celle de la terrasse. Le jardin entre cette villa et l’hôtel offre beaucoup de charme, et plus d’un voyageur a cherché une heure de doux repos sous son ombrage  […].

Les soirées que l’on passe à l’hôtel sont des plus agréables. M. Heck est un bon flûtiste ; son frère, le commissaire de district, un violoniste expérimenté ; ils exécutent ensemble des duos et, si un pianiste se trouve disponible, des trios. Celui qui joue bien du piano se fait rarement prier. On a donc souvent des concerts très-agréables et pleins de variété, qui finissent la plupart du temps par la danse. Depuis quelques années, un maître de musique est attaché à l’hôtel ; il se met tous les soirs au piano pour fournir aux amateurs ou plutôt aux ferventes de la danse, l’occasion de sacrifier Terpischore. S’il fait beau temps, la terrasse offre un beau coup d’œil, après le dîner, surtout par un beau clair de lune. […]  Quelquefois M. Heck organise un bal et fait éclairer le jardin al giorno ; les musiciens de passage y trouvent également l’occasion de produire leur talent  […].

La grande salle offre un beau coup d’œil, remplie comme elle est par une foule de dames aux toilettes variées, mais surtout charmantes, toutes animées par le plaisir de la danse, rivalisant de beauté entre elles. Ces fêtes sont très-fréquentées par les amateurs des environs de Diekirch et il est difficile alors de se figurer, qu’on n’est que dans une toute petite ville de province. En dehors de l’hôtel, on ne manque pas de moyens pour passer agréablement ses soirées pourvu toutefois qu’on n’ait pas trop de grandes prétentions. Quand on ne fait pas de promenade ou d’excursion, il y a moyen de passer agréablement les heures de la matinée, grâce à M. Heck […].

15Il y a peu d’années, l’hôtel n’était visité que par quelques Belges et quelques Anglais pendant les mois d’août et de septembre ; c’était le meilleur temps et il arrivait parfois que les voyageurs qui ne pouvaient trouver une place ni dans l’hôtel ni dans la villa d’à côté, se voyaient forcés de se loger en ville. Actuellement, le mois de juillet amène déjà beaucoup de voyageurs, surtout des Hollandais. Leur nombre s’accroît d’année en année, même le mauvais temps qui fait paraître d’autres endroits si mornes et si tristes, n’empêche pas les visiteurs de rechercher Diekirch.

16Ce descriptif très détaillé du touriste averti qu’est Perk de Delft recoupe ce que dit un autre contemporain d’Alexis Heck: « C’est de l’Hôtel des Ardennes que partit la première organisation de grande envergure du tourisme luxembourgeois. Anglais et Hollandais accoururent à son appel et c’était un plaisir réconfortant que de constater avec quelle habileté et quel dévouement cet hôtelier se conciliait des sympathies de plus en plus nombreuses, prévoyait tout » (Lacaf, 1972 : 30). À sa mort en 1908, la presse luxembourgeoise présente Alexis Heck comme le fondateur du tourisme luxembourgeois qui par son action « a attiré l’attention de l’étranger sur les beautés de la romantique Suisse luxembourgeoise et de tout le pays » (Thewes, 2008 : 21).

Source et copyright : Marc Jeck (http://articulo.revues.org/815#tocto1n3)